Synopsis : Oliver, illustrateur à Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père, Hal, tire sa révérence après avoir fait son coming-out a 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d’un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu’au jour où il rencontre Anna…Parfois voir même souvent le problème avec une critique reste le suivant : on analyse à torts ou à raison avec l’immense volonté de démontrer sa science. Certains ont une patte pédagogique pour cela et les rares papiers tombant entre leurs griffes en sont du coup intéressant. Mais pour un bon combien de mauvais voit-on arriver sur le pas de sa porte ? Alors pour une fois je vais vous éviter mes analyses de fans ou autres pour enfiler ma casquette de spectateur lambda. Je n’ai pas envie de parler de structures, de références ou autres, pour une fois et concernant The Beginners j’ai juste envie de parler de l’émotion que j’ai eue en voyant ce film. Car au final, que le film soit bourré de références ou autres importe peu le spectateur lambda, certains ne les verront même pas. Mais un détail marquera : l’émotion. Un feeling que chacun ressentira a différents niveaux, mais qui de façon globale ne laisse pas indifférent. Beginners souffre de ce syndrome : celui de ne pas laisser indifférent. De prendre des sujets où tout le monde peut s’y retrouver et d’avoir l’intelligence de les traiter avec suffisamment de tacts pour faire rêver le spectateur et le laisser ensuite en parallèle du film, vagabonder dans ses propres souvenirs ou moments de vie de famille qu’il comparera avec ceux à l’écran.
Oui j’aime Beginners comme rarement j’ai aimé un film depuis le début de l’année. Mike Mills signe ici une histoire en partie autobiographique. La fondation de ce récit est sa vie. La façon dont il dépeint ses personnages, sans forcer le trait et en gardant la juste mesure empêchant de tomber dans le pathos est juste brillante. On pourrait voir en lui et sa façon de faire un Michel Gondry moins exubérant. Plus discret et timide dans sa façon de raconter l’histoire, il n’en oublie pourtant pas de la parsemer de morceaux de féeries et d’émotions qui touchent au cœur et font vaciller les défenses naturelles que l’on s’érige. Du moins dans mon cas. Bâti sur 3 axes : l’histoire d’un père ayant vécu une vie de « cinéma » en ne prétendant ne pas être gay et qui sort du placard à la veille de sa mort. L’histoire d’un fils ne sachant pas comment dire au revoir à son père et apprenant à nouveau à vivre et aimer via une rencontre improbable. Mais aussi au travers du portrait de cette écorchée vive qu’incarne Mélanie Laurent dans le film. Dotée d’une justesse de jeu assez désarçonnante, elle offre le parfait contrepoint nécessaire au duo qu’elle forme avec Ewann Mc Greggor. L’addition des deux acteurs à l’écran, leur rencontre et l’histoire d’amour aussi fragile que touchante qui va avec est sans nul doute une des plus belles que j’ai vues à l’écran dernièrement.
Mais ce qui touche et pas qu’un peu dans ce film est la formidable déclaration d’amour d’un fils à son père. Le tout mâtiné d’un profond respect pour l’histoire de ce dernier et sa soi-disant différence. L’homosexualité ne souffre plus du même jugement négatif dans notre société ( du moins pas dans notre pays, ni aux États-unis), et la confrontation de point de vue entre ces deux hommes est touchante. Ce vieux monsieur, se rendant compte de tout ce qu’il a manqué de sa vraie vie au contact d’une nouvelle population Gay plus débridé et moins esclave d’un sentiment de peur, comme à son époque ne laisse pas froid. Au travers de son histoire, c’est un pan de l’histoire des homosexuels qui se dessinent sous nos yeux. Là où dans beaucoup de films, le trait est bien souvent forcé et exacerbé pour jouer la caricature, Mike Mills fait l’effet inverse. C’est ce qui donne au film d’ailleurs cette touche si poétique et sincère. La caricature est inexistante et c’est un émouvant message de tolérance que l’on y trouve. Le tout sans que cela tombe dans un militantisme exacerbé qui aurait au final desservi le film. De ce côté-là, le réalisateur évite toutes les erreurs possibles. En même temps cela coulait de source. Comment parler mal d’un sujet qui le touche d’aussi près. C’est la première facette du film, celle sur laquelle repose le voyage de son personnage principal : Mc Greggor.
Trouver son clone de cinéma est une chose incroyablement difficile. Woody Allen en a fait sa marque de fabrique en cherchant ce type de personnage dans tous ses films. Mills le fait ici d’une façon au final éclatante. Mc Greggor hérite d’un rôle que je trouve magnifique. Couper en deux périodes son histoire se passe avant et après la mort de son père, le tout mixé avec sa rencontre avec cette jeune actrice française qu’incarne Mélanie Laurent. Ying et Yang d’un type de personnage aux fêlures identiques ces deux antihéros étaient faits pour se rencontrer. Gaffeur dans la façon d’évoquer leurs sentiments, craintifs face à la possibilité de toucher du doigt un bonheur qu’ils s’interdisent Mc Greggor et Melanie Laurent forment un couple de cinéma brillant et ultra crédible. Romantisme ne rime pas avec mélodramatisme, Mills évite de vouloir trop cyniquement faire pleurer dans les chaumières, il laisse ses personnages évoluer au gré de l’histoire. La façon dont la relation se construit est posée sur un socle relationnel touchant. La force ultime de cette partie du film est le sentiment de véracité qui s’en dégage. Ces deux personnages apprennent à nouveau à aimer en même temps que nous faisons de même avec eux. Et dans le cas précis, la beauté d’ensemble de ce petit trésor facilité grandement la tache.
Beginners porte bien son titre. Que ce soit à la fin de sa vie ou au milieu de la sienne, il est toujours temps pour redevenir celui que l’on voulait être. Apprendre à aimer à nouveau, être soi, s’assumer et vivre pleinement sa propre vie, loin des concessions que la société impose à tous les niveaux. Sublime histoire d’amour porté par deux acteurs ne commettant aucune fausse note, Beginners est définitivement une immense et superbe surprise. Il y a des films qui vous plaisent de façon éphémère, d’autres qui vous hérissent le poil puis viennent ceux qui vous plaisent, vous parlent et s’installent dans votre esprit de façon durable et sans vous agresser. Beginners rentre dans cette catégorie. C’est un coup de cœur absolu et cela fait un bien fou de voir ce genre de petit trésor passer entre les grosses productions sans âmes des studios.Monsieur Mills chapeau bas pour votre travail et merci pour avoir fait rire, vibrer et ému le petit spectateur que je suis. À voir absolument !
Sortie le 15 Juin 2011











Tu le vends admirablement bien, vivement le 15 juin!
@polow: définitivement un de mes films favoris de ces derniers mois. True Story!
Tiens j’étais passé à coté. Merci!
Excellente critique mais une chôse m’a fortement déplu : tu n’as pas arrêté de mal écrire le nom du très bon Ewan Mc GreGor et non GreGGor !
C’est la seule fausse note de cette review que j’ai aimé lire mais celà fait tâche de faire une telle erreur sur le nom d’un acteur, qui plus est aussi connu et apprécié !
True Story !
J’ai pas encore vu le film, mais je suis tombé ur interview assez décalé et humaine de Mike Mills
http://blogs.paris.fr/unitedstatesofparis/2011/06/13/mike-mills-beginners-from-paris/
Si ça vous tente!