S’il y a une chose que j’aime avec le cinéma coréen, c’est sa volonté continue de tenter des nouvelles choses. Les budgets certes n’ont rien à voir avec ce que l’on trouve à Hollywood, mais ce qu’ils perdent en côté grandiloquent, ils le gagnent en narration plus intéressante. Est-ce que ce « J’ai rencontré le diable » s’élève comme étant une des meilleures productions coréennes du lot ? Non. Il y a mieux, mais cela n’empêche pas le film d’être rudement efficace et suffisamment bon pour marquer les esprits. Au-delà de la descente en enfer du personnage principal, c’est surtout la confrontation entre les deux acteurs Lee Byung-Hun et Choi Min-sik qui donnent au film cette saveur particulière. Jeu de miroir, ce film est là pour montrer le passage de flambeau d’un monstre à l’autre. L’un assumant parfaitement son statut et l’autre le faisant contraint et forcé et se perdant dans les ténèbres d’une vengeance destructrice.
La grosse force de ce film à la différence d’autre qui aurait voulu inutilement singer les codes de Seven est de ne pas se perdre en route. Il va droit à l’essentiel. Pas d’explications superflus sur le meurtrier, il s’agit d’un malade mental de la pire espèce. Simpliste et radicale, sa caractérisation fonctionne pourtant grâce à l’immense talent de Choi Min-sik. Monstrueux, inquiétant et drôle d’une façon affreusement malsaine, il donne une aura démoniaque à ce tueur en série. Il ajoute aussi à son personnage un sens très particulier des relations humaines. La chasse qui s’organise entre les deux héros ne cesse de changer de point de vue d’un angle à l’autre. Un coup victime, un coup bourreau, la partie est pleine de rebondissements. Acteur doté d’un talent de caméléon incroyable Choi Min-sik se fond ici dans la peau de ce tueur avec une facilité déconcertante. À la fois terrifiant et grotesque, ce personnage se voit offrir l’élément déclencheur de nos craintes : il est crédible. C’est ce qui fait toute la différence. Que ce soit dans ses névroses ou accès de rages, tout est là pour créer le malaise. Chose que Choi Min-sik réussit à merveille.
De l’autre côté Lee Byung-Hun jeune acteur au talent tout aussi grand que Choi Min-sik joue le rôle du mari de la victime. Personnage très lisse au début qui peu à peu révèle au fur et à mesure de l’enquête une facilité à la violence très vite dérangeante. Le scénario place le spectateur dans la même position que son personnage. Un point d’observation ou la limite entre bon sens et sens de la justice se fait très obscur. Le rapport entre le chasseur et le chassé évolue très vite dans une phase d’apprentissage assez malsaine. Toute personne s’engageant sur le chemin de la vengeance peut déjà creuser deux tombes, celle de sa victime et la sienne. Car il est évident que l’on ne ressort pas indemne de ce genre de parcours. Plus la course se fait sinueuse plus le recours à la violence se fait systématique. Lee Byung-Hun joue ici un personnage toujours sur le fil du rasoir. On sent les doutes qui l’animent et les efforts qu’il fait pour ne pas devenir comme celui qu’il cherche. Mais rien n’y fait. Au fur et à mesure que le film se déroule, c’est de par son minimalisme dans le jeu d’acteur qu’il en devient presque aussi terrifiant que celui qu’il recherche.
Relativement graphique, le film n’épargne pas vraiment la sensibilité des spectateurs. Que ce soit durant les scènes de meurtres ou de tortures, le réalisateur réussit sans mal à créer ce sentiment de malaise qui sert l’histoire. Le cœur du film réside sur l’intensité croissante de ces rencontres entre le chasseur et la victime. L’intensité des tortures et des affrontements ne cesse de grimper en synchronisation avec la tension du spectateur. Le tout culminant dans un affrontement psychologique qui amène le spectateur à se poser des questions sur sa propre perception de la chose. Nous avons tous quelque chose de sombre en nous. Que ferions-nous dans un cas similaire. La ligne entre notre vie normale et la folie dans laquelle on peut sombrer pour de soi-disant bonnes raisons est fine. Le personnage principal en fait les frais et l’on assiste sans rien pouvoir faire à ce long chemin en direction de l’enfer. Éprouvant, parfois drôle de façon inattendue, mais surtout prenant du début à la fin, ce thriller qui bien souvent se transforme en drame, est une œuvre passionnante. On en vient à se demander ce que cela donnerait dans les mains d’un autre réalisateur pour un éventuel, mais fort probable remake américain ? Ce n’est pas le film le plus original du lot, mais c’est de loin un de ceux que l’on qualifie de rudement efficaces. À voir !





