Le duo Tim Burton et Johnny Depp représente l’alpha et l’oméga du grand cinéma devenant au fil du temps un poil paresseux. D’un côté comme de l’autre, le talent des deux hommes a eu tendance à se diluer dans la facilité. C’était donc avec une certaine inquiétude que j’attendais ce Dark Shadows. Les dernières productions des deux hommes m’ayant laissé plus ou moins froid j’avais peur que le phénomène se reproduise et fort heureusement en grande partie…ce n’est pas le cas. Car oui, ce Dark Shadows dispose d’une ambiance et d’une mise en scène vraiment bonne, le tout appuyé par un casting assez bien pensé et qui s’amuse vraiment beaucoup. Mais ce dernier film de Tim Burton souffre d’un défaut majeur le faisant littéralement passer à côté de la catégorie « Très bon film » : celui du scénario. En effet et c’est assez flagrant, Dark Shadows est un scénario de pilote de série Tv de luxe, mais rien d’autre. Cela n’empêche pas le spectateur de passer un très bon moment, mais l’on éprouve quand le générique de fin arrive une légère frustration et dans notre tête retentit une voix disant « Euh l’épisode 2 passe la semaine prochaine à la même heure ? »
Que ce soit dans la façon très schématique de mettre en place les origines du personnage de Barnabas et la querelle l’opposant à la sorcière et comment cette dernière est la source de réactions en chaîne multiples, tout est mécanique. Certes c’est propre et les finitions sont sans la moindre accroche, mais l’on se dit que l’ensemble manque un peu de fond ou de mordant. Burton déploie un sens du gothique, de l’humour et du fantastique dans le final qu’il avait visiblement mis de côté depuis longtemps, mais le fait de voir tous ces efforts amoindri par le côté prévisible du script déçoit un peu. Johnny Depp livre une fois de plus sous la houlette de son ami, une performance irréprochable. À la fois drôle, décalé et parfois glauque avec un charme très dandy vampirique old school, il réussit à donner encore plus de cachet à cette fable vampirique décalée. Eva Green en sorcière aussi sexy que satanique n’est pas en reste. À l’image du reste du casting, elle cabotine avec brio et redonne ses lettres de noblesse au mot Sexy. Glamour en diable, l’histoire d’amour l’unissant au personnage de Johnny Depp donne lieu à certaines des séquences les plus drôles du film. Bâtit en majorité sur l’opposition entre les deux personnages, Burton fait tout pour que le film ne perde pas de la vitesse quand ces deux acteurs sont à l’écran. Que ce soit alors dans le tempo, la mise en scène, les décors ou autres, tout est fait pour leur dérouler le tapis rouge.
Une attention toute particulière qui porte ses fruits tant le charisme des deux trouve alors un terrain de jeu parfait. Les autres membres de la famille se trouvent alors malheureusement relégués dans la case de seconds rôles plus classiques. C’est d’ailleurs ici que le syndrome pilote de série Tv (assez fréquent ces derniers temps à Hollywood…) se fait ressentir. L’histoire pose des bases les concernant et ouvre un développement futur sans jamais nous laisser espérer dépasser la case teasing où l’on nous cantonne avec eux pendant tout le film. Chose qui est encore plus flagrante avec l’un des membres de la famille en particulier lors du dernier acte. Mais est-ce que tout ce qui semble être un océan de défauts tue le potentiel du film dans l’œuf ? La réponse est non en grande partie grâce à Johnny Depp une fois de plus et le design de production magnifique ensuite. Héritant d’un personnage très proche de ses créations décalées, mais n’ayant pas la moindre hésitation à tomber dans le sang et ce de par sa nature démoniaque, Depp infuse dans ce Barnabas une aura indescriptible. Le genre de celle qu’il colle dans ses créations cinématographiques et qui les rend aussi similaire qu’indissociable. Paradoxe des génies créateurs, il réussit à s’auto parodier bien souvent tout en continuant de rendre la chose géniale et jouissive pour le spectateur. Un talent sans pareil et une capacité à surprendre qui ne se dément pas avec le temps.
En bout de course, Dark Shadows montre que Burton peut encore en terme de réalisation sortir de l’ornière de facilité où il se trouvait. Il est juste dommage que lorsque cela arrive ses efforts subissent les coups de boutoir d’un scénario un poil trop prévisible ou schématique. Aussi agréable qu’agaçant et perclus de quelques longueurs, Dark Shadows avait tout pour être un très grand film et se retrouve au final héritant de la classification « agréable divertissement ». Ce qui en soit est déjà une très bonne chose mine de rien. Attendons de voir si Burton confirme son retour en grâce pour son prochain film et surtout si cette fois il s’adjoint les services d’un vrai bon scénariste de cinéma et non pas un pro de la TV…
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