Il y a une vieille légende qui dit que tout français lambda ou non a une version 0 d’un manuscrit qui traîne dans un placard. Va comprendre comme dirait l’autre. Qu’est-ce qui nous fascine autant dans le désir de poser des mots sur une page, secouer le tout pour faire en sorte de créer une histoire et l’exposer ensuite au regard et à la vindicte du lecteur ? Je ne sais pas et pourtant je m’y suis lancé comme plein d’autres. Dans mon entourage j’ai croisé des profils aussi divers que respectables. C’est en étudiant le terrain que l’on apprend. D’une génération à l’autre, le style se teinte soit de cynisme ou d’un côté jeune branleur artiste qui amuse un instant autant qu’il peut bien me laisser de glace le reste du temps. Où est-ce que je me situe dans le lot ? Bonne question, j’ai une espèce de schizophrénie créative à l’intérieur de ma caboche, j’aime écrire des histoires un poil niaiseuses à la Guillaume Musso ( mon surnom dans mon cercle de lectrices est d’ailleurs Marc Musso…), tout comme j’adore partir dans d’autres extrêmes et sombrer à cœur perdue dans le thriller beaucoup plus sombre. Mon gros problème est d’aimer aussi bien Jonathan Tropper, Nick Hornby que John Connolly, Stephen King ou Dan Simmons. Je suis éclectique à tendance schizo, ce qui ne simplifie pas trop la tâche.
Le plaisir d’écrire découle-t-il de l’aridité de mon flot de paroles pendant les journées dites classiques ? Je ne sais pas. En même temps est-ce bien utile de trouver la raison des origines de tels ou telles choses. Du temps de perdu à expliquer ce qui ne concerne que soit au final et dont le public se fout. Pourquoi ? Car l’auteur et ses névroses vivent au travers des héros qu’il crée et de l’univers qui va avec, on peut essayer de le comprendre, mais cela serait-il si bénéfique ? Mieux vaut y aller par palier, le laisser dévoiler son mécanisme de pensée, ses zones d’ombres et les failles qui vont avec. Suivre un auteur du début de la carrière jusqu’à la fin est passionnant, on n’apprend pas toujours tout sur lui, mais l’évolution notable qui se dessine est une excellente cartographie de son esprit. Dans le cas de certains auteurs de romans très dark, cela ne rassure pas forcément, mais l’inverse est pareil pour ceux qui se plaisent à fantasmer une vie couleur rose bonbon où tout se finit bien ou presque. Où est-ce que je me situe dans le lot ? Un jour dans l’un, un jour dans l’autre…Mon 1er roman qui est depuis resté dans les tiroirs de l’oubli était une comédie romantique version le ciel peut attendre de Lubitsch remis au goût du jour () avec du recul, je me dis à raison que ce ne fut pas ce que j’ai écrit de mieux de ma courte existence. Mais c’est en se trompant qu’on apprend. Pas que j’estime particulièrement m’être trompé, j’ai juste manqué de rigueur sur ce coup. Relu quelques années plus tard, le manuscrit oscille entre la roue libre et le trop-plein de sirop. Le manque de retenue parfois peut tuer sur place n’importe quelle forme de bonne volonté.
Ce qui me rassure d’une certaine façon est qu’au fond je me dis que je ne suis pas le seul et que des dizaines avant moi ont fait les mêmes erreurs ou les mêmes manuscrits de merde. Qu’ils ont eu droit aux mêmes lettres de refus sanguinaires et que pourtant d’une certaine façon cela n’a entamé en rien l’aspiration qui roupille entre leurs deux oreilles. La question de fin de parcours reste quoi faire de ses écrits. Ouvrir un blog, partager en mode « advienne que pourra », suivre la voie classique et envoyer son manuscrit tout en sachant que sans contacts, cela ne marchera pas ou bien tenter la dernière route… Vendre directement sur le web. Numéro d’équilibriste vu que cela peut aussi bien imploser dans le bon sens que finir en pétard mouillé, la technique se répand de l’autre côté de l’atlantique avec parfois des succès. Gros coup de poker sur l’avenir et son plan de communication, cette méthode est un défi attrayant pour quiconque rêve de percer dans ce domaine. Reste à savoir si pour autant le padawan de l’écriture aura l’esprit aussi affuté que sa plume pour survivre aux rouages de la communication et ne pas se faire broyer dedans. Écrire pour faire rêver et baratiner pour vendre…deux professions si distinctes et si communes dans la finalité de l’accomplissement.
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