Dire que la presse est un grand Satan et qu’elle ne veut que du mal aux gentils petits blogueurs que nous sommes serait faux. La première raison expliquant cela est qu’au fond il y a autant de cons d’un côté que de l’autre. Premier point de ressemblance flagrante… Le deuxième serait de reconnaître qu’au final, et ce, même si l’on peut rechigner à l’avouer c’est au travers de cette presse et de ses défauts que sont nés certaines vocations et envie d’écrire nous animant. Le blog apparaissant justement de par sa liberté de ton et de style comme une alternative parfaite aux entraves que peuvent avoir certains journalistes en termes de tons. Donc oui au final,nous ne sommes pas si différents. Alors pourquoi tant d’incompréhensions fut une époque ? La question est bonne, les réponses qui en découlent de nos jours sont assez amusantes. Journalistes cinéma et blogueurs cinéma sont assez liés. Tout le monde se met aux réseaux sociaux que ce soit via Twitter ou Facebook, il n’est pas très difficile pour un jeune journaliste en herbe de trouver la devanture de la maison numérique des pointures qu’il lit en print ou version web, voir même qu’il écoute en TV ou Radio. Certains réussissent à se fondre dans ce monde un peu nouveau, d’autres s’y mettent contraint et forcée pour ne pas rester sur le bord de la route. Mais le mouvement ne se produit pas qu’au niveau des soldats, il s’enclenche aussi chez les généraux. Mais en prenant une autre forme…le participatif.
Récupérer le mouvement, l’assimiler pour en garder la moelle et formater le reste ? En faisant du journalisme participatif. Le blogueur en soi est une voix, une plume, mais ses écrits formatés correctement et au travers d’une bonne plateforme sont de l’or en barre. Le plus obs, le huffington post et d’autres en France et ailleurs développe ce modèle. Donner l’illusion d’être journaliste, sans au final l’être d’un côté comme de l’autre. Pour avoir été approché par plusieurs grandes enseignes et pour avoir vu qu’à chaque fois les retours de leur part en termes monétaires ou autres étaient inexistants dans 90% des cas, cela montre bien la valeur qu’il accorde à vos écrits et en partie à vous (gratification honorifique d’écrire pour eux et backlink au passage…). Cela est-il assez pour justifier de sauter le pas ? Tout travail mérite salaire comme on dit, mais encore faut-il être certain que l’on est fait pour cela. Chose qui n’est pas toujours le cas. La critique ciné a une durée de vie assez courte en terme de fenêtre d’impact, ce qui la rend assez fugitive niveau valeur, est-ce que celle des blogueurs passera de diamant brut a véritable perle rare en arrivant de leurs blogs vers une des plateformes de ce type ? J’en doute, mais d’autres le pensent et s’engouffrent à cœur joie pour se faire une carte de visite. C’est un choix comme un autre dirons nous.
Mais au-delà de ses écrits un journaliste ciné parle par ses attitudes et son pedigree. Je me souviendrais toujours de ce junket pour l’assaut au fouquet’s ( vendu de chandleyr !!!). Assis à table en mangeant ( la vie est si difficile), nous faisions, les interviews des membres de l’équipe. Un moment me reste en tête quand Marie Guillard est arrivée à ma table. Je n’osais pas manger à chaque fois qu’un membre de l’équipe arrivait trouvant l’idée même de le faire mal poli pendant qu’il parlait. Chose qui n’effleurait pas trop l’esprit de mon voisin de table, un journaliste pour un journal connu qui s’empiffrant gaiement comme Obelix a un banquet n’arrêtait pas de dire à mot couvert ou parfois frontal à l’actrice que sa carrière était loin d’être top et d’afficher un manque de savoir-vivre évident. C’est à ce moment-là que je me suis dit que d’un monde à l’autre, le pique-assiette existait. Les nôtres grattent des cadeaux au final assez basiques et l’on peut difficilement leur en vouloir. Ils sont au début de la route du profit. Mais ces autres vieux briscards de la lèche que l’on rencontre parfois me laissent pantois par le cynisme qu’ils déploient.
Est-ce qu’ils représentent le bout de la route, la fin de la mutation ? Je n’espère pas et en doute, car tout comme pour la blogosphère cinéma, la presse classique évolue. Plus jeune et différente les plumes composants ses bataillons amènent une vision des choses plus ouvertes et moins « balai dans le cul ». Ce n’est pas encore parfait, mais d’un côté comme de l’autre, cela change. Maintenant reste à voir si cela se fera avant le chaos ou bien ce dernier sera-t-il nécessaire pour repartir à zéro. Le problème de cette terre blogosphérique cinématographique est qu’à force de s’apparenter au Far West et de se faire exploiter un peu en dépit du bon sens et malgré les richesses qui s’y trouvent, il arrivera un moment où le sol sera aride. Ou pire encore, l’étendue sera juste tellement bien terraformée que l’ensemble de ce qui en sortira n’aura plus aucun goût. Je m’interroge, mais je n’ai toujours pas la réponse. La seule phrase se rapprochant d’un début de réponse que je peux trouver vient du film The Dark Knight et elle synthétise d’une certaine façon la possible évolution des choses sur la place du blogueur cinéma dans le grand ordre des choses ( oui je sais…) : Don’t talk like you’re one of them! You’re not… even if you’d like to be. To them you’re just a freak, like me. They need you right now, but when they don’t, they’ll cast you out. Like a leper. See, their morals, their “code”… it’s a bad joke, dropped at the first sign of trouble. They’re only as good as the world allows them to be. I’ll show you. When the chips are down, these uh, these “civilized people”, they’ll eat each other. See, I’m not a monster. I’m just ahead of the curve. (The Dark Knight…)
No tags for this post.
Galathys
July 10, 2012 at 11:32
Excellent article qui résume bien l’histoire et la situation actuelle de ce microcosme dont nous faisons plus ou moins partie…
Je pense que la partie importante est le peu de valeur accordé au travail; qui se retrouve du côté des blogueurs qui essayent de percer, mais aussi des journalistes au début de leur expérience… C’est un petit milieu où il est difficile de percer car la création de valeur au travers d’articles travaillés n’est pas forcément rentable pour les supports qui les mettent en avant (à l’exception de quelques magazines et journaux), et les gens sont beaucoup trop nombreux à se presser aux portes…
En bref, seuls les persévérants sauront se creuser un trou, mais à quel prix ?
De mon côté j’ai depuis longtemps abandonné l’idée d’écrire sur le cinéma pour autre chose que pour le plaisir =)