[Critique] Captive- Brillante Mendoza- Critique du film

Captive brillante mendoza photo du film isabelle huppert

Thérèse Bourgoine est une citoyenne française qui travaille comme humanitaire bénévole pour une ONG sur l’île de Palawan aux Philippines. Alors qu’elle apporte des provisions au siège de l’ONG à Puerto Princesa en compagnie d’une autre bénévole philippine, les deux femmes sont kidnappées avec une vingtaine d’autres touristes étrangers par le groupe Abu Sayyaf, des musulmans terroristes qui se battent pour l’indépendance de l’île de Mindanao…

Captive est un film qui laisse une drôle d’impression, celle de passer diablement près de la perfection en regard de son sujet et de la manquer pour un point très con…le choix de son actrice principale. Pas qu’Isabelle Huppert soit mauvaise dans le film, mais son ajout au casting au milieu d’inconnus ou de non professionnel à un effet bizarre sur le spectateur. Celui de le faire sortir d’un univers qui jusque-là semblait réaliste. La mise en scène de Mendoza se place en effet dans des strates plus proches du documentaire que du film dit classique. C’est à la fois segmentant…et d’un autre côté c’est une des forces majeures de ce récit. Pour la simple et bonne raison que l’on est en face d’une véritable oeuvre de création artistique, il utilise un média pour défendre son point de vue, le tout en restant le plus proche possible de la réalité. Il éveille et informe et jusque-là la chose fonctionne, mais plus on s’enfonce dans les recoins d’une région que l’on connait mal et plus la présence d’huppert achève de ramener le tout de la case réaliste, vers une approche tout simplement cinématographique. C’est un piège à double sens dans lequel le film finit peu à peu par tomber pour ne plus vraiment en revenir. Cela passera comme une lettre à la poste pour certains, puis pour d’autres, il y aura un léger souci.

Le style de Brillante Mendoza étant déjà des plus particuliers, le fait de le voir se gripper à cause d’un détail au demeurant assez con agace un peu. Quasi documentaire d’un réalisme froid par moment « Captive » réussit la plupart du temps à ouvrir les yeux du spectateur sur une situation pour le moins chaotique, dans un coin du monde que le commun des mortels ignore gentiment. Le point de vue pour le moins intelligent qu’adopte ici le réalisateur est de ne pas prendre parti. Chez d’autres cela serait passer pour du foutage de gueule, mais dans le cas la prudence d’approche est salvatrice. Mendoza prend son temps pour donner une certaine ampleur aux preneurs d’otages qui sont ici le cœur de l’histoire. Chose qui dans notre culture serait impossible ou du moins juste illogique, mais qui dans le cadre de cette histoire se justifie. D’un bout à l’autre le talent d’analyse du spectateur se retrouve quelque peu mis à mal. Passant d’un sentiment de révolte et dégoût à un vague début de compréhension, Mendoza réussit assez bien à mettre le spectateur dans les bottes des otages et c’est ce qui rend le film au final encore plus efficace. Du moins tant que l’on fait abstraction du personnage de Huppert qui d’un coup d’un seul (et ce même si paradoxalement, son interprétation n’est pas mauvaise…) ramène le film du documentaire vers la fiction plus classique.

L’édifice que représente un film repose parfois sur des détails d’une fragilité totalement banale. On pense que l’apport de stars dans l’équation peut-être une bonne idée et pourtant parfois c’est l’effet contraire qui du coup se produit. Est-ce que mes propos insinuent que le film s’écroule sur lui-même à cause d’Isabelle Huppert ? Non pas vraiment encore une fois ce n’est qu’un jugement personnel. Mais devant le quasi-sans-faute de l’ensemble, voir ce projet se prendre les pieds dans le tapis sur ce point précis m’agace un peu. Découvert en ce qui me concerne, il y a peu de temps, Mendoza continue de m’impressionner par « l’aridité de son style » et malgré toutes les émotions qu’il en dégage. Véritable auteur et cinéaste talentueux, il ne cesse de me surprendre. Chose d’encore plus agréable sur un sujet qui ici partait perdant à mes yeux. Aussi bien à cause de son « casting » que de son sujet tout simplement. Et c’est avec un certain talent que Mendoza mène sa barre du début à la fin, ébranlant les fondations des certitudes du spectateur. Mine de rien ce genre de tour de force devient de plus en plus rare de nos jours. Alors, autant reconnaître le talent d’un auteur quand il vous apparaît sous le nez. C’est le cas ici.

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Cinéphile compulsif, photographe du dimanche, rat de bibliothèques et cynique en voie de guérison. Rédacteur/Créateur du site, bienvenue dans mon univers. http://www.twitter.com/chandleyr http://www.facebook.com/buzzmygeek

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