Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…
Depuis Casino Royale et Quantum of Solace, une chose transparaît très fortement au travers de l’agent secret 007, c’est qu’il se cherche. La faute à Jason Bourne, agent renégat ayant mis à jour de façon violente l’image de l’agent secret dans l’inconscient collectif. En a résulté du coup une immense remise en question autour de l’image de James Bond, relique du passé, est-il encore capable de survivre aux attentes du public de nos jours ? Même si les avis divergents, je trouve que les deux derniers opus au-delà d’offrir une histoire assez cohérente autour du personnage avait su apporter une nouvelle vision de ce dernier. J’avoue que faite dans l’ombre de Bourne justement, certaines des ficelles mises en œuvres pouvaient choquer, mais cela passait pourtant et pas qu’un peu. L’on pouvait reprocher au film de perdre un peu de la magie de la saga d’origine, mais cet argument pouvait se voir contrebalancer par le simple et au final raisonnable fait que oui parfois, la remise à jour des antiquités est nécessaire. N’en déplaise aux puristes. C’est donc au final avec un certain degré d’inquiétude que j’attendais ce nouveau volet de la saga. Allait-il continuer vers la noirceur parfois trop mécanique qu’avaient placée les deux derniers films autour des épaules du héros ? La réponse est oui…et non à la fois. Skyfall est un film assez déstabilisant de par son approche aussi bien sur la forme, que sur le fond.
Là où les deux derniers films singeaient un poil trop la saga Bourne, ce Skyfall prend le contre-pied absolu et revient aux bases mêmes de l’esprit de la saga tout en restant fortement pourtant ancré dans la mythologie et l’état d’esprit de Casino Royale et Quantum of Solace. Fini le Bond trop noir, place à la machine. La clôture dramatique des deux derniers épisodes est derrière lui, il est l’homme abimé que l’on pensait effectivement trouver et les effets secondaires sont pour le moins sans appel pour toutes personnes se trouvant sur son chemin. Oui Bond est une machine à tuer et il n’a plus qu’une seule chose dans sa vie : son job. Les personnes le composant sont sa famille et il fera tout pour la protéger. Simple et rapide à cerner les contours du personnage dans ce film ne sont pas forcément très complexe. La raison est simple tout le travail de sape niveau mental à déjà été fait dans les deux précédents films. Conscient de cela le réalisateur et son pool de scénaristes réussissent à faire sortir Bond de sa case du « Christopher Nolan syndrome » Un héros peut-être fun et un poil torturé sans que cela ne l’oblige à avoir une grosse voix et se travestir en latex la nuit venue. Je caricature, mais le fait de voir le personnage de Bond être un poil plus léger dans son approche des situations et se rapprocher d’un Bond plus ancien n’est pas désagréable du tout. Pour beaucoup ce film apparaîtra comme un Quantum of Solace Bis dans les fondations et surtout de par le bout du chemin qu’il fait parcourir à son héros.
Chaque film malgré son approche narrative prend le soin de faire évoluer le personnage de Bond à grands pas. Une étape vers le malheur à la fois, chacune forgeant encore un peu plus son cœur à devenir noir comme la nuit. La machine s’agguerrit et s’oblige aussi à repenser à sa fonction et sa place dans la société. C’est d’ailleurs le cœur du film et l’opposition qui se noue avec le grand méchant du film qui rend la chose encore plus intéressante. Beaucoup compare Javier Bardem à une version du Joker dans TDK. Je ne pense pas que cela soit si réaliste que cela. Certes la filiation peut paraître évidente, mais en soit le personnage de Silva réussit à exister au-delà de la simple ombre imposante dans le domaine cinématographique du Joker. Oui les méthodes sont identiques et la violence que Silva déploie pour accomplir ses sombres desseins est assez violente,mais là où le Joker est un personnage à part entière, Silva n’est lui qu’un pion qui n’a qu’une seule raison d’être : faire avancer Bond, le faire évoluer, le pousser à se remettre en cause et faire la mise à jour salvatrice qui le sortira de la spirale de déchéance où il se trouvait parfois malgré lui.
Libéré en quelque sorte de l’emprise trop pesante du personnage au passé trop lourd et à l’utilité narrative au pied de ciment, Javier Bardem s’amuse comme un fou. C’est un grand méchant dans la tradition des films d’antan et voir une approche au final aussi simple qu’efficace mise en place pour un méchant fait plaisir à voir, car ici celle-ci s’intègre dans un grand tout. Un gigantesque domino où l’on peut penser que le numéro d’équilibriste en face de nous va être fatal à l’édifice, mais c’est tout le contraire. Silva est une version négative de Bond, un peu comme Superman et Bizarro, ils sont les mêmes, pensent pareil et un peu comme Abel et Cain la cohabitation entre ces deux êtres ne pouvait pas se dérouler paisiblement. C’est d’ailleurs cette confrontation entre 007 et Silva dès le 2e tiers du film et jusqu’au final qui offre a Skyfall son côté aussi spectaculaire que psychologiquement fragile et touchant par moment. Il suffisait de peu de choses pour que les deux personnages se ressemblent et au final soient amis. Le destin en décida autrement et la tonalité du film l’en remercia.
Les bond d’antan reposaient sur le côté « plus large que la vie » du méchant, en le rendant réaliste et complètement baroque à la fois, Sam Mendes et ses scénaristes, donnent pour l’instant vie au meilleur méchant de ce 3e volet des nouvelles aventures de Bond. Mais si au-delà de l’histoire que je ne spoilerai pas, il y a bien quelques choses de magnifiques dans ce film, c’est la mise en scène de Sam Mendes. Le réalisateur réussit la balance pourtant pas simple entre le jonglage avec les codes modernes du cinéma d’action inhérent à Bond et une beauté plastique qui donne au film un cachet rétro et passionnant. D’un pays à l’autre, la mise en scène s’adapte aux coutumes, l’esprit et l’aura du cinéma nous abandonne signe que l’on s’immerge à fond de la Chine a Macau en passant par L’ecosse, Skyfall est un délice pour les yeux de chaque seconde. Les idées fusent et à aucun moment la mise en scène ne perd cette osmose entre le besoin de remplir le cahier des charges d’un Blockbuster et celui d’un film presque d’auteur. Sam Mendes fait un gros film d’action et pourtant, il ne néglige à aucun moment le développement narratif de son personnage jouant intelligemment avec la mythologie de James Bond, son trauma et le meilleur moyen d’y remédier. Immortel dans le sens cinématographique du terme, les traumas qu’il garde pourtant avec lui héritent du même sort. C’est au travers de ces derniers que le personnage de Bond tire sa force et sa malédiction d’une part, mais toute son aura cinématographique d’une autre et du début jusqu’à la fin du film Sam Mendes ne perd jamais cela de vu. Il en résulte une réussite assez exemplaire.
Pour autant doit-on comme je l’entends dire à droite et à gauche hurler que Skyfall est le « Best Bond Ever » ou qu’il s’inspire énormément de la saga The Dark Knight ? Franchement pas. Oui Skyfall est brillant et à plus d’un titre, mais est-ce le meilleur film de la saga ? On sait bien que ce genre de classement ne tiendra que jusqu’au prochain et ainsi de suite. C’est déjà et avant tout un très bon film à la croisée des chemins et qui ne se perd jamais en route. Une bonne chose. Quant à la comparaison avec The Dark Knight et le Joker pour le personnage de Silva, j’ai une vague envie de dire…Bitch please ! Un excellent divertissement de très grande qualité, mais dont la tenue de route dénote un peu en regard du ton des deux précèdents films. James se cherche encore un peu, mais il le fait avec classe. Différent, un peu couillon et en équilibre entre deux époques, voilà ce qu’est Skyfall au-delà de toutes dénominations et comparaisons hâtives. Voyez-le pour le fun avant tout et croyez-moi vous en aurez pour votre argent. Let the Sky Fall…
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